Google Nexus et la théorie du complot

Article rédigé par Maxence Dalmais, contributeur occasionnel mais néanmoins passionné permanent.
Ingénieur réseau, développeur JavaScript chez Atos Worldline dans une équipe innovation, il propose un regard différent sur l’actualité et cherche avant tout à comprendre.

Mis en vente le 13 novembre dernier, les Nexus 4, construit par LG, et Nexus 10, construit par Samsung, deux appareils qui ont tout pour plaire, auraient dû trouver leur place sous les sapins du monde entier.

Un stock limité menant à l’impossibilité de les acheter en a décidé autrement.

En effet, il aura fallu seulement une vingtaine de minutes pour écouler le stock de Nexus 4 8GB et moins du double pour la version 16GB. La tablette Nexus 10 a elle été disponible quelques heures.

Dès le lendemain, certains se posaient la question de savoir si la pénurie était voulue par Google. Depuis, beaucoup a été dit, notamment que Google rejetait la faute sur LG concernant le Nexus 4.

Un mois et demi plus tard et une fin du monde évitée, la situation n’a finalement que peu évolué.

Comment et pourquoi ces deux appareils, construits par des constructeurs différents peuvent être pendant si longtemps en rupture de stock ? C’est la question à laquelle nous allons tenter de répondre dans cet article.

Nexus 4, un Smartphone indisponible

Tout d’abord, prenons le cas du smartphone.n4-product-hero

Il est vrai que très nombreux sont ceux attirés par le rapport qualité/prix de ce smartphone qui le place dans le top des appareils les plus convoités actuellement.

Si la demande est très grande, il est intéressant de savoir combien d’unités ont été vendues jusqu’alors. Malheureusement, aucune estimation crédible n’est apparue jusqu’alors.

Depuis la rupture du premier jour, certains pays tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ont été réapprovisionné. Très rapidement les produits se sont retrouvés en rupture de stock ou livrés avec un délai supérieur à 5 semaines. De par sa législation, le cas de la France est particulier. Celle-ci impose un packaging comprenant un kit main libre, kit main libre non distribué ailleurs.

Officiellement, Google et LG ont sous-estimé la demande. Si LG n’a jamais établi des records en terme de ventes, il reste tout de même un constructeur de grande envergure, ayant vendu près de 15 millions de téléphones au premier semestre 2012.

Certes, l’engouement pour le Nexus 4 est sans équivoque, mais les signaux annonçaient cet engouement :

  • Le précédent modèle Nexus, le Galaxy Nexus s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires, grâce à des ventes à la fois en boutique et sur Internet.
  • Google est désormais habitué à vendre sur Internet. Si les débuts, avec le google G1 ont été difficile, bien du chemin a été parcouru.
  • Les tests ont tous été très positifs
  • Apple a déçu cet année, en ne proposant pas un nouveau téléphone de rupture.

Concernant les canaux de diffusions, il faut noter que le téléphone est officiellement disponible auprès de certains opérateurs. En France, SFR dispose d’une exclusivité temporaire de deux mois à partir du 18 décembre 2012. Malheureusement pour le consommateur, le prix via les autres canaux que le Google Play Store, c’est à dire boutiques ou site web opérateurs se retrouve gonflé, semble-t-il sous l’influence d’LG. Ceci laisse le téléphone nu à un prix proche du double du prix public sur Internet. On trouve en effet la version 16GB trouve en effet nu au prix de 629,90€, au lieu de 349,00€.

Dans un marché français bousculé par l’arrivée de FREE mobile, et où les achats sur Internet n’effraient plus personne, la très grande majorité souhaitant cet appareil se tourne donc naturellement vers l’achat en ligne sur le Google Play Store.

Après cette première analyse, il semble difficile de croire que Google et LG se soient trompés sur la demande à ce niveau-là. Il est donc intéressant de se pencher sur les raisons de cette rupture de stock.

Une stratégie à moyen terme de LG ?

La première raison évidente de cette rupture de stock est la forte demande. Sans cette demande, pas de rupture de stock et encore moins d’articles tels que celui-ci la commentant.

La deuxième étape consiste à se demander si comme souvent la rupture de stock est calculée. Elle permettrait alors de faire monter l’impatience et le buzz autour du produit, soit grâce aux articles de news parlant de cette rupture ou du bouche à oreilles venant des personnes rongeant leur frein dans l’attente de la disponibilité du produit tant convoité. Cette théorie est souvent évoquée par exemple lors de la sortie des produits Apple tels que l’iPhone ou l’iPad.

Dans le cas présent, cette théorie est bien sûr possible, mais me semble peu probable. En effet, louper à ce point-là les fêtes de fin d’année, évènement majeur en termes de consommation, est une erreur capitale. Erreur certes importante, mais pas forcément fatale, comme en témoignent les ventes de la console Nintendo Wii, sortie à son époque mi-novembre en Amérique du nord, peu avant Black Friday, et début décembre partout ailleurs. Elle fût et resta en rupture de stock instantanée pendant plusieurs semaines. Il faut cependant noter que dans ce cas, plus de 3 millions d’appareils avaient été vendus entre la commercialisation et le 31 décembre de l’année. Avec un tel chiffre, Nintendo avait bien sous-estimé la demande. Comme déjà dit, il semble peu probable que ce soit le cas pour le Nexus 4, même si nous ne savons pas quel est la quantité d’appareils bel et bien vendue.

Si la rupture de stock n’est pas voulue, une autre solution est peut être liée à la méconnaissance de la demande et du type de public qu’elle concerne. S’agit-il exclusivement de Fan Boy d’Android souhaitant recevoir le meilleur smartphone intégrant leur OS mobile fétiche, ou bien d’un produit destiné à une frange importante de la population. Il est vrai que si jusqu’alors les téléphones Nexus se concentraient sur le haut de gamme, le Nexus 4 est lui vendu à un prix de milieu de gamme, s’adressant de fait à un public plus large. Si une des parties pense que cela est et doit rester un téléphone destiné à un marché de niche, alors il ne semble peut être pas nécessaire de modifier les lignes de production pour soutenir une demande temporaire. Bien que non optimale, cela ne représente pas un grand risque : les geeks seront capables d’attendre.

Un autre point à aborder est la communication autour de ce produit. Jusqu’à maintenant, ce téléphone n’a pas été l’objet de campagnes de très grande ampleur. Il faut dire qu’il a déjà été l’objet de nombreuses communications par les sites spécialisés. On peut toutefois noter que depuis quelques jours des vidéos promotionnelles fleurissent sur Internet ou même à la télévision, notamment au Royaume-Uni. Si elles valorisent grandement la dernière version d’Android ainsi que LG en tant que constructeur de téléphone haut de gamme, le produit Nexus 4 n’est lui finalement que peu mis en avant.

Du point de vue de LG, ceci semble logique. Actuellement 5eme constructeur mondial, LG souhaite avant tout améliorer son image et sa présence médiatique pour dans le futur augmenter ses ventes et bénéfices.

Avec un appareil très bon marché, même si certains frais sont réduits grâce à la vente en ligne, la marge faite sur ce smartphone lorsque vendu sur le Play Store est certainement moindre. LG souhaite peut-être dans un premier temps redorer son image, notamment auprès des geeks, pour ensuite vendre en grande quantité auprès de tous. Enfin et comme évoqué par d’autres articles, LG dispose dans sa gamme du Optimus 4X HD, téléphone dont les caractéristiques sont très proches du Nexus 4.

Si cela prend forme pour LG, qu’en est-il de Google ? Avant tenter de répondre à cette question, intéressons nous désormais au cas du Nexus 10.

 

Nexus 10, une tablette pas vendue

n10-product-heroLa tablette Nexus 10, fabriquée par Samsung, a été lancée après le succès de la Nexus 7, tablette 7 pouces construite par Asus. Avant la Nexus 10, Samsung fabrique et vend avec succès une autre tablette 10 pouces Android, la Samsung Galaxy Tab, actuellement dans sa 2ème version.

Il est intéressant de se demander ce que Samsung, en concurrence frontale avec l’iPad, peut attendre de cette tablette.

Précédent constructeur du Galaxy Nexus, Samsung est déjà très bien identifié pas les fans d’Android comme fournisseur de matériel de qualité. Par ailleurs les ventes de la Galaxy Tab 2 sont très satisfaisantes.

En fait, avec la Nexus 10, Samsung prépare clairement l’avenir. Les équipes de Google ont poussé celles de Samsung dans leur retranchements. Le résultat est une tablette aux spécifications bien supérieure à la Galaxy Tab 2. Par ailleurs, il s’agit de la première tablette 10 pouces proposée avec Android 4.2, la nouvelle version de Jelly Bean. Pour Samsung, souhaitant travailler sur sa marque, cette tablette est certainement le socle d’un prochain produit vendu en son nom.

Tout comme pour le nexus 4, la tablette nexus 10 est en rupture de stock constante depuis sa mise sur le marché le 13 Novembre. Dans ce cas, les rumeurs font états d’un nombre limité d’appareils vendus, inférieur a 20 000.

Aucune justification n’a jusqu’alors été donnée pour expliquer cette rupture ni cette production très limitée. Par ailleurs, aucune rumeur ne fait états de composants indisponibles, comme c’est parfois le cas avec les dalles composant les écrans. La seule communication officielle est qu’ « Il n’y en a plus et nous ne savons pas quand auront lieu les prochaines livraisons« .

Au vu des éléments énoncés, cette tablette ne semble clairement pas vouloir être vendue. Samsung a déjà une large gamme de produit qui se vend bien, et ne semble pas même intéressé par les bénéfices que pourrait apporter cette tablette, pourtant vendue 100$ plus cher que la Galaxy Tab 2 10.1. De plus, et contrairement à la Nexus 7, aucune commercialisation en point de vente physique n’a été prévue ou effectuée. Quand à la publicité, la seule apparition que j’ai pu noter  est dans une vidée signée Google ventant toute la gamme Nexus, publicité diffusée 53 fois sur les écrans TV américains.

 

Une politique maîtrisée ?

Comme précédemment évoqué, pour LG et Samsung, bien des aspects pourraient justifier la volonté de ne pas inonder le marché avec les appareils de la gamme Nexus. Qu’en est-il de Google ? Le coup de faire développer et marketer des appareils qui au final ne semblent pas vouloir être vendus, est relativement important. Il faut alors se demander ce qui pourrait le justifier.

Une solution est celle du gentil canard : avec cette méthode, Google donne les caractéristiques des prochains appareils qu’il aimerait que les constructeurs mettent sur le marché. Cela permet d’afficher clairement les ambitions et de guider les constructeurs afin d’avoir un parc relativement homogène.

Secondement, en vendant ces produits, même en stock très limité, Google montre qu’ils ne sont pas uniquement des prototypes mais sont suffisamment finis pour être mis en les mains des consommateurs. Mieux encore, ils sont plébiscités par les experts.

Enfin, afficher ces produits avec un prix public fait évoluer les consommateurs qui alors s’attendront à des prix dans le même ordre de grandeur pour la prochaine génération d’appareils. Cela engendrera plus de smartphones vendus, augmentant globalement le temps d’utilisation d’Internet, et donc de clics sur les publicités AdWords, qui représentent plus de 94% du Chiffre d’affaires de Google.

Ceci est une des théories possibles. Elle place Google dans une bonne position, celle de la société faisant évoluer pour le bien du consommateur le monde du matériel. Une autre position est défendable, c’est celle qui va être envisagée dans la suite de cet article.

 

Motorola comme moteur de décision

Le 15 août 2011, Larry Page annonce le rachat de la Motorola Mobility, la branche orientée appareils mobile de Motorola.

Lors du rachat, le prix fixé de 12.5 Milliards de dollars, est largement supérieur à la valeur de l’entreprise. Le rachat est rapidement analysé comme stratégique, car permettant à Google de s’armer dans la guerre des brevets. Il faut dire que les constructeurs de téléphones Android sont souvent confrontés aux problèmes des brevets, et étant attaqué en justice ou versant des royalties, par exemple à Apple ou encore Microsoft. Cette analyse est confirmée par Google, notamment par Larry Page, alors CEO de l’entreprise.

En plus de profiter des brevets nouvellement acquis, Google semble désormais vouloir intervenir plus dans le fonctionnement et les produits Motorola, dont la qualité et les ventes ont été fluctuantes au grès des versions d’Android, que ce soit pour cause d’appareils peu adaptés à la demande, ou à la durée de vie trop courte pour l’utilisateur averti. On se souviendra par exemple de mises à jour annoncées puis annulées sur le forum officiel Motorola.

Il est généralement accepté que le temps de développement d’un téléphone est globalement de 18 mois. Allant bientôt attaquer le 18ème mois depuis le rachat, il est peu probable que Google ait pu avoir une grande influence sur les appareils sortis jusqu’alors. Cela veut également dire qu’il est probable que Google ait pu influencer grandement, voir guider, le développement des prochains téléphones signé Motorola.

Justement, la presse fait actuellement état de rumeurs concernant un X-phone, préparé par Google et Motorola, téléphone haut de gamme qui aurait pour ambition de modifier grandement le marché. Par ailleurs, Motorola Mobility est toujours en difficulté et Google chercherai à rentabiliser son achat. C’est dans cette optique qu’une partie des activités, celle concernant les set-top box, a été récemment cédée pour 2 Milliards de dollars.

Les informations concernant ce téléphone, qui pourrait être assorti d’une tablette, semblent indiquer une sortie pour l’année 2013. Ces mêmes informations indiquent des réflexions autour de nouvelles interactions entre la machine et l’utilisateur. L’on y parle d’écran flexible, de boutons physique arrière ou encore d’intégration des technologies de Viewdle, société récemment acquise par Google.

Si ces informations s’avéraient être exactes, Google aurait alors intérêt à faire un maximum de communication autour des produits Nexus, tout en évitant qu’ils ne tombent dans trop de mains, afin de pouvoir vendre un maximum de ‘X Phone’ et ‘X Tablet’. La gamme Nexus servirait alors pour Google uniquement à attiser le consommateur, lui montrer une expérience Android « pure », c’est à dire sans surcouche constructeur ou opérateur et accumuler de l’expérience pour les nouveaux produits Motorola.

Il est encore trop tôt pour savoir si cette nouvelle gamme de produits existe réellement. Si c’est toutefois le cas et qu’elle sort pendant le premier semestre 2013, il sera alors raisonnable de penser que la rupture de stock des produits la gamme Nexus puisse avoir été volontaire.

En espérant que ces produits soient présentés rapidement et que les usines Motorola qui à l’heure actuelle ne semblent pas très occupées puissent soutenir la demande.

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13 commentaires pour “Google Nexus et la théorie du complot”

  1. Salut Bastien,

    Aucun rapport avec cet article mais à quand la suite de tes tutos sur le référencement des sites WP ?

  2. votre article vient de m’apprendre des informations que j’ignorais.pour la nexus 10 il serait judicieux pour samsung de s’en débarrasser au quart de son prix actuel.

  3. Bonjour,

    Merci pour cet article, très intéressant sur le smartphone Nexus 4 et la tablette Nexus 10. J’ai lu un comparatif entre Nexus 4 et Galaxy S4 récemment, le rapport qualité prix du Nexus 4 de Google est excellente, même sir le Galaxy reste supérieur en thermes de puissance, le Nexus 4 est vendu à un prix très attractif.

  4. Très surpris, on ignore vraiment beaucoup de choses sur le smartphone Nexus 4 et la tablette Nexus 10.

  5. C’est étonnant d’apprendre cela, mais c’est une leçon.

  6. Bonjour.
    Merci pour l’information

  7. Très bon article. Depuis les choses ont évolué et la concurrence fait rage.

  8. un article très intéressant. Bonne continuation.

  9. Twitter pour degonfler la polemique et expliquer a SourceFed le fonctionnement des suggestions automatiques de recherche. Google a reconnu avoir manipule les resultats en Syrie pour dire que Damas perdais du terrain favorisant l’enrolement des « rebelles » djihadistes.

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